Zara Samiry : Des images et de l’émotion

On peut penser ce que l’on veut du hasard, mais cette rencontre avec cette jeune photographe casablancaise est pourtant réellement le fruit de ce fameux hasard... Remercions tout de même au passage un fameux réseau social... Le plus important c’est que son travail nous a touché, il était alors impossible de ne pas vous la présenter... C’est chose faite à présent !

Pouvez vous nous raconter votre parcours?

Je suis née à Casablanca en 1982. Je suis diplômée en BTS développement multimédia puis d’un diplôme supérieur en communication et publicité. Ma passion pour le rapport et l’alliance entre la photographie et le son m’a décidé à étudier l’expression plastique. C’est alors après deux ans en France que j’ai obtenu mon Diplôme National Supérieur en Expression Plastique. Après quelques expériences dans le milieu de la communication et la publicité, j’ai décidé de me consacrer à ma passion, la photographie, et d’en faire mon métier. Mon besoin de me révéler à moi-même et de repousser mes limites m’ont incité en 2009 à effectuer un voyage en Inde. Seule, sans téléphone, ni internet, simplement équipée de mon appareil photo et d’une centaine d’euros qui ne m’autorisaient qu’un unique repas par jour. En 2010, j’ai réalisé et exposé Exils, une série de documentaires mariant photographies et enregistrements sonores. A l’image de mon travail et de mon être, sincère et profond, brut et pudique, profondément altruiste et curieux de l’autre et de ses émotions intimes, Exils relate la vie, les sentiments et le destin d’exilés installés en France. De retour au Maroc, j’ai entrepris la réalisation de “Dans la ville blanche”, un documentaire multimédia dans lequel à l’opposé des clichés touristiques, j’invite à la (re)découverte visuelle et sonore et à la rencontre des hommes et des femmes qui constituent le visage de Casablanca.

Quel a été votre premier "déclic" photographique?

Confucius avait dit “ Choisis un travail que tu aimes, et tu n’auras pas à travailler un seul jour dans ta vie.” J’ai su très vite quel serait ce métier. La photographie n’est pas un métier facile comme le pensent beaucoup de personnes, il faut être prêt à sacrifier beaucoup de choses, à connaitre des débuts difficiles, des périodes de vache maigre, un emploi de temps changeant… Le déclic est survenu le jour où j’ai su que malgré tous ces aspects, je voulais être photographe.

Avez-vous un ou des thèmes de prédilections?

Concernant mon travail personnel, je suis spécialisée dans le genre photographique documentaire et social. L’Homme est au cœur de mon travail. Raconter l’autre, sa condition de vie, présenter le monde tel que je le vois et le ressent. La photographie m’aide à comprendre ce monde qui nous entoure, à conserver une trace, une mémoire… La mienne peut-être.

Vos images portent-elles un message?

La photographie documentaire a souvent une connotation négative, les photographes ont tendance à vouloir sauver le monde et à mettre sous la lumière, sa misère, sa douleur et son désespoir… Je sais que je ne réussirais pas à sauver le monde mais j’essaie de dévoiler les autres, même les plus démunis d’entre eux, avec dignité, humanité et espoir.

Avez-vous déjà exposé?

Oui, en France, bientôt en Turquie et j’espère pourvoir un jour exposer dans l’un des quartiers populaires de Casablanca et rendre la photographie accessible à tous, à travers mon travail.

Pour vous, qu'est-ce qu'une image "réussie"?

Une image réussie est l’alliance parfaite entre technicité et émotion, lorsqu’on est touché, attristé ou même choqué par une image mais que l’on ne puisse pas la détester. Même si on ne l’apprécie pas, on ne puisse pas lui enlever le mérite d’être une image qui fonctionne. Une image réussie est une image qui porte votre empreinte, ou l’on peut reconnaître l’identité du photographe derrière l’image.

Quel serait votre rêve photographique ?

Je suis en train de le réaliser, (rires) doucement mais sûrement et j’espère qu’il ne s’arrêtera pas.                            

zarasamiry.com